Par Laurent Dequoy, gestionnaire de projets e-learning, Formation et services-conseils, Actualisation,
Michel Di-Lillo, M. Sc, CRHA, vice-président, Formation et services-conseils, Actualisation,
Ariane Legault-Grégoire, M. Sc., CRHA, leader d’équipe — Croissance et virage numérique, Digifab
Le jeu sérieux est souvent perçu comme une stratégie de formation engageante, mais complexe et coûteuse à développer. Pourtant, les outils de conception actuels permettent désormais de créer des expériences ludiques efficaces sans disposer d’un budget de jeu vidéo. L’enjeu n’est pas de multiplier les technologies, mais de choisir les bonnes mécaniques de jeu et d’investir là où elles enrichissent réellement le développement des compétences. Cet article présente des pistes concrètes pour concevoir des jeux sérieux accessibles, engageants et adaptés aux réalités budgétaires des organisations.
Le télétravail fait désormais partie du quotidien de nombreuses organisations. Au-delà de la question du droit ou du privilège, les employeurs font face à un enjeu central : exercer leur droit de gérance dans un contexte où le lieu de travail est le domicile de la travailleuse ou du travailleur.
En effet, même si l’employeur ne contrôle pas physiquement l’environnement de travail de ses salariés, ses obligations juridiques restent pleinement applicables. Ces dernières ont d’ailleurs été renforcées depuis l’adoption récente de la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail.
Vous aimeriez rendre vos formations plus interactives, plus engageantes et plus mémorables grâce au jeu sérieux, mais vous associez encore ce type d’expérience à des budgets importants, à de longs délais de production ou à une équipe complète de développeurs et d’animateurs?
Cette perception demeure bien présente. Pourtant, concevoir un jeu sérieux ne signifie pas nécessairement développer un jeu vidéo complexe. Une mission bien définie, quelques décisions significatives, une progression visible et des rétroactions adaptées peuvent déjà transformer une formation numérique traditionnelle en véritable expérience de jeu.
Les technologies et les outils de création actuels rendent aussi cette approche beaucoup plus accessible qu’elle ne l’était il y a quelques années. La question n’est donc plus seulement : « Avons-nous les moyens de créer un jeu sérieux? », mais plutôt : « Comment utiliser intelligemment notre budget pour créer une expérience qui donne réellement envie de jouer et d’apprendre? »
À partir de projets réalisés par Actualisation avec le Digifab de Développement économique de l’agglomération de Longueuil, nous vous proposons quelques pistes concrètes pour y arriver.
Un jeu sérieux n’est pas un jeu vidéo
Lorsqu’on pense à un jeu sérieux, on imagine parfois un environnement 3D, des personnages animés, des déplacements complexes ou des mécaniques semblables à celles d’un jeu vidéo commercial. Pourtant, ce degré de sophistication n’est pas nécessaire pour créer une véritable expérience de jeu.
Ce qui distingue d’abord le jeu sérieux d’une formation numérique plus traditionnelle, ce sont les mécaniques qui amènent la personne à agir : relever une mission, prendre des décisions, résoudre un problème, progresser, accumuler des points, gérer des ressources et constater les conséquences de ses choix.
Une expérience relativement simple sur le plan technologique peut donc devenir très engageante si ces mécaniques sont bien intégrées au scénario et aux apprentissages. À l’inverse, une production visuellement impressionnante ne devient pas automatiquement un bon jeu sérieux si la personne se contente essentiellement de consulter du contenu et de répondre à quelques questions.
Ce qui compte, c’est de placer la personne dans une situation où elle doit agir, décider et progresser, plutôt que de simplement consulter du contenu.
Choisissez quelques mécaniques qui font vraiment jouer
Un bon jeu sérieux n’a pas besoin d’accumuler les mécaniques. Au contraire, quelques mécanismes bien choisis suffisent souvent à créer une expérience dynamique et cohérente.
La première question à se poser est simple : qu’est-ce qui donnera envie à la personne de poursuivre? Une mission à accomplir? Une progression à compléter? Des décisions difficiles? Un score à améliorer? Des ressources limitées? Des conséquences à éviter?
Les mécaniques doivent surtout être directement liées aux apprentissages. Si l’objectif est de développer la prise de décision, il est plus pertinent de proposer des choix qui entraînent des conséquences que d’ajouter simplement des points ou un chronomètre. Si l’on souhaite faire découvrir différents éléments d’un processus, une progression par étapes, des niveaux ou des objets à débloquer peuvent être plus intéressants.
Dans un jeu développé par Actualisation avec le Digifab sur la gestion du changement, nous avons par exemple créé un « résistomètre »; il s’agit d’un mécanisme visuel qui permettait de rendre la progression concrète et de donner une identité propre à l’expérience. Dans un autre jeu portant sur la cybersécurité, le défi reposait plutôt sur l’analyse de situations et le choix de l’intervention la plus appropriée.
Quelques mécaniques bien choisies et bien arrimées aux apprentissages valent donc mieux qu’une accumulation d’effets ludiques sans réelle fonction pédagogique.
Misez sur l’expérience, pas sur la complexité
Le coût d’un jeu sérieux augmente rapidement lorsqu’on multiplie les environnements, les personnages, les embranchements narratifs, les animations sur mesure ou les mécaniques complexes. Pourtant, ces éléments ne sont pas tous nécessaires pour créer une expérience engageante.
L’une des clés consiste à concentrer les efforts là où ils auront le plus d’effet. Un scénario bien construit, quelques décisions significatives, une rétroaction immédiate et une progression claire peuvent parfois générer davantage d’engagement qu’un environnement très sophistiqué dans lequel la personne participante demeure relativement passive.
Le choix de la technologie doit donc correspondre au niveau d’ambition du jeu et à l’expérience recherchée. Des moteurs comme Unreal Engine permettent de créer des environnements 3D immersifs, des simulations plus réalistes et des interactions beaucoup plus poussées. Ils offrent une grande liberté de personnalisation, bien qu’ils exigent généralement davantage de ressources en intégration.
À l’inverse, des outils comme Storyline permettent de créer plus rapidement des scénarios ramifiés, des systèmes de progression, des choix et des conséquences, sans avoir à développer un jeu vidéo complet. Ils conviennent particulièrement bien lorsque l’expérience repose davantage sur la prise de décision, la résolution de problèmes ou la progression dans un scénario que sur l’exploration d’un environnement immersif en temps réel.
La technologie la plus appropriée dépend donc du seuil d’immersion recherché, des mécaniques souhaitées et des ressources disponibles.
Il faut aussi éviter de réinventer inutilement chaque composante. Réutiliser certains mécanismes, limiter le nombre d’environnements, simplifier les scénarios ramifiés ou miser sur une direction visuelle cohérente plutôt que sur une animation poussée de chaque élément permet de réduire considérablement l’effort de production.
L’objectif n’est donc pas de créer le jeu le plus impressionnant possible, mais de maximiser l’expérience d’apprentissage pour le budget disponible.
Profitez des nouveaux outils de création
Le développement d’un jeu sérieux exigeait autrefois davantage de ressources spécialisées. Il fallait souvent faire appel à plusieurs expertises pour créer les illustrations, animer les personnages, produire les environnements, enregistrer les voix ou programmer certaines interactions.
Les outils actuels changent cette réalité. Les banques d’éléments graphiques, les logiciels de création e-learning, les outils d’animation et, plus récemment, l’intelligence artificielle permettent d’accélérer plusieurs étapes de production et de réduire la quantité de contenu qui doit être créée entièrement sur mesure.
L’IA peut, par exemple, faciliter l’idéation, la création de maquettes, la production de personnages ou d’environnements, la génération de voix ou encore certaines étapes de programmation. Utilisée judicieusement, elle permet surtout de consacrer davantage de temps aux éléments qui font réellement la valeur du jeu : le scénario, les décisions, les mécaniques et les apprentissages.
Cela ne signifie toutefois pas que tout devient automatique ni que les expertises disparaissent. L’IA demeure un outil qui doit être guidé par des personnes qui maîtrisent leur domaine. En conception, elle ne remplace pas l’expertise nécessaire pour structurer les apprentissages, scénariser l’expérience et faire les bons choix pédagogiques. En intégration multimédia, elle ne remplace pas non plus le savoir-faire requis pour choisir les bons outils, développer les interactions, assurer la cohérence visuelle et technique et transformer les contenus générés en une expérience fonctionnelle et engageante.
Ces technologies permettent donc moins de remplacer les spécialistes que d’accélérer certaines tâches et d’accroître leur capacité de production avec les ressources disponibles. Elles rendent ainsi possibles des expériences qui auraient auparavant nécessité des budgets beaucoup plus importants.
Testez l’expérience de jeu
Une mécanique qui semble simple sur papier ne l’est pas toujours pour la personne qui joue. Avant de lancer un jeu sérieux, il est donc essentiel de le faire tester par des personnes qui n’ont pas participé à sa conception.
Les tests permettent notamment de vérifier si la mission est comprise rapidement, si les règles sont claires, si le degré de difficulté est adéquat et si les rétroactions permettent réellement de progresser. Ils permettent aussi de repérer les moments où le rythme ralentit ou, à l’inverse, lorsque la personne risque de passer trop rapidement sur un apprentissage important.
Enfin, prévoyez un « débriefing », particulièrement lorsque le jeu repose sur des décisions ou des mises en situation. Revenir sur les choix effectués, leurs conséquences et les apprentissages permet de faire le pont entre l’expérience vécue dans le jeu et la réalité professionnelle.
Conclusion
Le jeu sérieux n’a pas besoin d’être complexe ou spectaculaire pour être efficace. Quelques mécaniques pertinentes, une technologie adaptée et des choix de production intelligents permettent aujourd’hui de créer des expériences riches avec des budgets beaucoup plus raisonnables.
Avant d’écarter cette approche pour des raisons de coûts, la vraie question est peut-être plutôt : jusqu’où pourrions-nous transformer notre prochaine formation pour en faire une véritable expérience de jeu?
Au Congrès RH 2026, vous aurez la chance de tester les jeux sérieux que nous avons développés pour le Digifab. Venez nous voir au kiosque 316. Si vous désirez obtenir un gabarit pour développer votre prochain jeu sérieux, écrivez-nous à info@actualisation.com.
Le présent article, publié par Actualisation, est fourni à titre informatif et ne reflète pas la position officielle de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Les opinions exprimées n’engagent que leur autrice ou auteur respectif.